Le groupe Geely détient plusieurs marques automobiles bien connues, dont Volvo ou encore Lotus. Cependant, l’entreprise chinoise en possède plusieurs autres. Zeekr par exemple, arrive en Europe, et même en France prochainement. L’objectif est double pour Geely en France, à l’instar des autres constructeurs chinois comme Xpeng, BYD, Chery, Nio, Hongqi, SAIC, Dongfeng, Changan ou encore GAC.

Tout d’abord, ces sociétés chercheraient à renforcer la compétitivité de leurs marques. Il s’agirait également de résoudre les problématiques de taxes et de réglementation. Pour cela, des alliances pourraient voir le jour afin d’accélérer leurs développements en France.
La mutation du marché automobile européen
Si le marché automobile français connaît une baisse générale de ses ventes, la voiture électrique continue pourtant de gagner des parts de marché. Durant l’année 2025, près d’une voiture sur cinq vendue en France était électrique. Cette croissance est notamment portée par des dispositifs d’aide tels que les Prime CEE et leasing social, mais pas que. En effet, les Français commencent à considérer la mobilité électrique comme une alternative à certains de leurs usages, à l’image du plan de décarbonation mise en place par l’UE.
Chaque année, les normes de CO2 sont durcies. L’objectif de réduction des émissions est de l’ordre de 90 % à l’horizon 2035, par rapport à 2021. À terme, les autorités européennes visent la neutralité carbone pour 2050. Si les dispositifs d’aides aux particuliers comme aux professionnels soutiennent le passage à l’électrique, les discussions sont toujours ouvertes quant au calendrier. Récemment, on remarque notamment les mesures prises pour assouplir les moyens mis en œuvres pour cette transition.
De leurs côtés, les constructeurs automobiles composent avec cette réglementation stricte, même si celle-ci semble devenir plus flexible. Jusqu’à présent, elle imposait des seuils maximaux de rejets et sanctionnait ceux qui dépassaient. Pour subsister, les marques tendent à se regrouper, donnant naissance à de grandes entités, à l’image de Stellantis. Cette mutualisation des motorisations, des savoir-faire et des capacités techniques permet la réduction des coûts nécessaires à faire prospérer l’ensemble des marques. De l’autre coté, les constructeurs chinois, déjà bien structurés pour imaginer et produire des véhicules électriques, ont prouvé en quelques années seulement leurs ambitions en Europe. Avec le lancement de Geely en France en 2026, les enjeux deviennent encore plus importants.
1 voiture neuve sur 10 est chinoise
La Chine est actuellement le plus grand marché mondial de véhicules électriques. Les industriels chinois disposent d’infrastructures complètes pour le développement des véhicules, la création des batteries et l’exportation de ses technologies.
Constructeurs chinois en Europe : des débuts mitigés
En Europe, le marché s’est progressivement ouvert à ces produits chinois. Si les avis au sujet des premiers véhicules commercialisés sur le Vieux Continent étaient mitigés, ces voitures ont depuis fait leurs preuves. Elles se sont adaptées au marché européen tout en répondant aux différentes contraintes d’usage et de consommation. Le bon accueil des clients aujourd’hui atteste de ces avancées rapides.
Une croissance rapide pour les constructeurs chinois en Europe
Les prix attractifs, pratiqués par les premières marques chinoises à se lancer en Europe, ont pourtant été la source de craintes par beaucoup d’autres constructeurs. La croissance rapide des marques chinoises est pourtant bien réelle, l’alliance avec de grands groupes contribuant à accroître ce développement.
Constructeurs chinois en Europe : l’accélération
En 2025, les constructeurs automobiles chinois ont marqué un tournant historique sur le marché européen. Ils ont effectivement capté près de 6 % des parts de marché, contre 4,5 % l’année précédente. Cette progression importante, une hausse de 1,5 point en un an, illustre l’accélération de leur pénétration sur un territoire traditionnellement dominé par les industriels européens, américains et japonais.
Si on se concentre sur le mois de décembre 2025, leur part cumulée représentait 9,5 % des ventes de véhicules neufs. Ce niveau est totalement inédit. En effet, presque une voiture neuve sur dix vendue en Europe est chinoise et ce chiffre tendrait à augmenter les mois prochains.
Leviers et freins des constructeurs chinois en Europe
Certaines marques chinoises sont en effet déjà bien présentes en France. Il y a deux types de voitures chinoises : celles qui sont produites en Europe, comme BYD en Hongrie, Xpeng en Autriche, ou encore Volvo en Suède et Belgique. Puis celles qui sont produites en Chine, comme Polestar ou MG. Pour les marques chinoises qui importent directement leurs voitures, la problématique est plus complexe.
Fin du bonus écologique
En effet, depuis 2024, les voitures produites hors de l’Union européenne ne peuvent plus bénéficier du bonus écologique. Cette mesure vise à redistribuer les cartes et réduire les écarts de prix entre les productions chinoises et européennes, en priorité. Pour espérer proposer cet avantage à ses futurs clients, les constructeurs chinois devront dorénavant produire en Europe. L’accès au bonus ne serait pas garanti systématiquement, mais ce serait un levier stratégique dans la démarche.
Droits de douane de 45%
À cela s’ajoute aussi le sujet des droits de douane, dont le seuil a été relevé pour atteindre jusqu’à 45 % du prix de vente depuis le 31 octobre 2024. Cette mesure ne concerne pas seulement les marques automobiles chinoises. Elle touche aussi certains constructeurs européens qui produisent une partie de leur production à l’étranger. Pour esquiver ces surtaxes, les groupes chinois ont mis au point une stratégie ingénieuse : intégrer des usines européennes pour contourner cette taxation et renforcer leur compétitivité sur le marché européen.
Batteries locales ou importées ?
Aussi, se posent des questions industrielles. Où seront produites les batteries des futurs modèles chinois ? Les industriels auront-ils des partenaires locaux ou dépendront-ils de fournisseurs chinois ? Cet aspect assez déterminant pourrait influer sur la rapidité de pénétration du marché et sur l’attribution du bonus pour les modèles électriques.
Valeur de revente à surveiller
Pour les constructeurs chinois en Europe, il ne faut pas non plus négliger la valeur de revente. C’est un aspect déterminant lorsque que l’on vise aussi un public professionnel. Stabiliser les valeurs résiduelles est un enjeu qui va bien plus loin que la simple vente de véhicules neufs : c’est tout un marché qui est à construire.
Produire localement pour rester compétitif
Cette course à la capacité industrielle illustre un changement profond du paysage automobile européen. L’époque où l’Europe se contentait d’importer des véhicules est révolue : pour rester compétitifs, les constructeurs doivent désormais produire localement, que ce soit via des investissements directs, des partenariats ou la reconversion de sites existants.
BYD et Geely en France, des approches différentes
La stratégie de BYD en France est très différente de celle de Geely. En effet, BYD a une approche verticale tandis que Geely a préféré un rayonnement multi-marques. Cette seconde solution reste notamment ouverte à des collaborations avec des acteurs locaux. Cela pourrait offrir une plus grande couverture médiatique, pour ainsi renforcer la visibilité des marques Geely en France.
Geely en France : bientôt un partenariat avec Ford ?
À ce sujet, des discussions publiques seraient en cours, concernant un potentiel rapprochement entre le groupe Geely et Ford. D’un côté, Ford peine à remplir ses trois usines européennes à Cologne en Allemagne, Valence en Espagne et Craiova en Roumanie, en partenariat avec le turc Otosan, et ce malgré l’arrêt du site de Saarlouis, en Allemagne.

Mutualiser les sites de production entre Ford et Geely pourrait être la solution. L’Américain pourrait améliorer sa rentabilité tout en ouvrant la porte à des partenariat industriels tels que l’utilisation de plateformes chinoises, et en conservant la main sur les lignes de production. À la clé pour Geely en France, des réductions de coût qui renforceraient le positionnement tarifaire de la marque.
Des partenariats pour produire, développer, distribuer
L’alliance avec des groupes chinois n’est pas une première. Stellantis a augmenté sa participation de 20 % dans Leapmotor pour l’aider dans son développement européen tout en assurant sa distribution, à hauteur de 1,5 milliard d’euros, en 2023. Ce lien entre les groupes permet à Leapmotor de profiter du réseau Stellantis pour s’ouvrir au marché européen. Cela n’est pas une simple distribution : c’est un véritable partenariat stratégique qui facilite l’entrée de Leapmotor sur le sol français.
Geely et sa nouvelle gamme européenne
Pour Geely en France et en Europe, la montée en puissance serait forte. Ces sites de production additionnels permettraient d’accueillir la production des nouvelles gammes pour le marché européen tout en s’affranchissant des droits de douane. Le contexte semble propice à cette alliance puisque Ford multiplie les partenariats avec les constructeurs européens. À titre d’exemple, l’actuel Ford Transit Custom est le cousin direct du Volkswagen Transporter. Mais la marque collabore aussi avec Renault sur le développement de deux véhicules électriques destinés au marché européen.
Geely en France : des capacités de production limitées
Geely souhaite également monter en puissance et développer son offre, via le développement de ses différentes marques, notamment Zeekr. Si Geely dispose de trois sites de production européens appartenant à Volvo, la capacité de ces usines approche du maximum possible. Y intégrer la production des marques Geely telles que Lynk & Co et Zeekr impliquerait de réduire les volumes et donc les ambitions. Il serait alors difficile d’espérer concurrencer BYD qui s’est déjà bien implanté en Europe.
L’exemple de BYD en Hongrie
Justement, l’exemple de BYD est intéressant. Le géant chinois a ouvert sa première usine en Hongrie dernièrement avec l’objectif d’y assurer la production des voitures destinées au marché européen. L’intérêt est avant tout économique puisque les droits de douane sont alors réduits fortement. Cela ancre aussi BYD sur le continent.
Chery s’associe en Espagne
Nous pouvons également évoquer le cas du groupe Chery, associé avec l’Espagnol Ebro, qui a relancé une usine à Barcelone, précédemment exploitée par Nissan. L’objectif est clair : produire des voitures européennes. Cette stratégie a permis d’ouvrir rapidement les chaînes de production, tout en préservant l’emploi local.
Développer une gamme complète Geely en France
Pour le marché français notamment, le groupe Geely compte sur une approche diversifiée, en visant différents segments automobiles. Le marché est surtout porté par Volvo, avec des productions premium reconnues. Lotus a une aura plus confidentielle, tandis que Lynk & Co va renforcer sa présence sur le segment généraliste.
Geely en France : priorité à Zeekr en 2026
Le groupe compte surtout déployer Zeekr à grande échelle. Cette marque 100 % électrique est la vitrine technologique du groupe. Déjà présente en Suisse et dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, elle compte pénétrer le marché européen, et français, dès le second semestre 2026. La marque s’appuiera sur le réseau de distribution indépendant de Volvo et envisage d’implanter 25 à 30 concessions en son nom dès 2027.
Une stratégie d’implantation à plusieurs niveaux
La force de Zeekr sera d’avoir une approche haut de gamme en matière de présentation, d’équipements, mais un positionnement tarifaire bien en-deçà de ses concurrents. Du côté des concessions, elles seront sobres. De petite taille, elles permettent d’accueillir quatre voitures ; une pour chaque modèle.
Chez Geely, on développe aussi des formules de LOA et de LLD convaincantes, avec des garanties longues, des couvertures étendues pour les batteries et des abonnements et services connectés gratuit ou à petit prix. Plus que des prix, le groupe arrive avec un package complet destiné à plaire au plus grand nombre.
Le groupe Geely en France pourra également compter sur sa légitimité déjà prouvée, et sur la proximité du réseau Volvo, afin de rassurer.
Zeekr X : un petit SUV pour séduire les familles
Zeekr privilégie un modèle destiné au marché européen. Le Zeekr X sera un petit crossover inscrit sur le segment C. Relativement compact, il permettra jusqu’à 450 kilomètres d’autonomie et serait affiché, d’après les dernières informations, à moins de 38 000 €.

Il disposerait même de versions plus musclées, allant jusqu’à 543 chevaux. Il entrera en concurrence avec les ténors du segment et pourrait convaincre par un rapport prix/équipement assez remarquable.
Geely en France : un groupe et une marque
La marque Geely elle-même fera prochainement son apparition en France. Son lancement est prévue dans le courant de l’année 2026 ou peut-être 2027. Le constructeur dispose d’une solide expertise dans le domaine et pourrait arriver avec une gamme de modèles électriques et hybrides rechargeables. Un modèle sort du lot, le Geely EX2, un SUV urbain électrique et accessible.
« L’entrée sur le marché britannique marque une étape importante dans l’approfondissement de la stratégie européenne de Geely et annonce un nouveau chapitre de la mobilité électrique à travers l’Europe. Nous nous engageons à fournir des produits innovants et durables tout en établissant des relations durables de confiance mutuelle avec nos clients et partenaires. Geely Auto se réjouit à l’idée d’avancer aux côtés du marché européen et de co-créer l’avenir », affirmait Jerry Gan, PDG de Geely Auto Group.
Le marché automobile français connaît une phase de perturbation, avec des tendances baissières sur le marché du neuf. Pourtant, c’est dans ce contexte que Geely entend bien se démarquer. Son approche semble complète et pertinente, face à un marché demandeur en modèles électriques, avec un budget en baisse, qui cherche les meilleurs rapports qualité/prix/équipement. Lever les problématiques liées à ce dernier aspect en produisant en Europe pourrait être le levier d’acquisition pour de nombreux ménages.
Le groupe Geely mise sur la technologie
Jerry Gan, PDG de Geely Auto Group, déclarait : « L’intelligence artificielle transforme en profondeur l’industrie automobile, depuis les chaînes cinématiques jusqu’à la redéfinition globale des écosystèmes de mobilité et des modes de vie. Geely s’engage à proposer une mobilité sûre, durable et intelligente à l’échelle mondiale ».
Geely accorde en effet une grande importance à la technologie. Ses recherches sur l’intelligence artificielle permettent d’améliorer les puissances de calcul pour renforcer la sécurité de ses voitures. Cela porte aussi sur la conduite autonome avancée par l’intermédiaire de G-ASD.
Les autorités européennes sont particulièrement vigilantes sur les questions de conformité réglementaire et pourraient restreindre le groupe dans ses ambitions. Geely devra veiller à respecter scrupuleusement ces aspects, quitte à adapter certains modèles avant leur production pour le marché français.
Geely en France et ailleurs ?
Des questions géopolitiques se posent enfin pour Geely en France et en Europe. Ne risque-t-il pas d’y avoir des mesures antidumping ? Celles-ci visent à éviter la concurrence déloyale et peuvent entrainer des droits compensateurs dans certains cas. S’il subsiste encore des doutes à ce sujet, le fait de passer par l’intermédiaire de Ford pour produire en Europe pourrait réduire les risques.
De l’autre côté de l’Atlantique, des rumeurs grandissantes font écho d’un rapprochement entre Ford et Xiaomi. L’objectif affiché est la production et la fabrication de voitures sur le sol américain. Si les deux groupes n’ont pas confirmé officiellement l’information, elle pourrait pourtant conforter Geely dans sa volonté de se rapprocher de Ford pour voir encore plus grand.
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